Ce qu’un médecin peut publier en ligne au Maroc : déontologie, CNDP et droit à l’image

Prêt à faire passer votre établissement de santé au niveau supérieur ?

Médecin consultant un ordinateur dans son cabinet médical, illustrant la communication en ligne, la déontologie médicale, la CNDP et le droit à l’image des patients au Maroc.

Prêt à faire passer votre établissement de santé au niveau supérieur ?

Le jeudi 12 février 2026, à 22 h 15, un pédiatre d’Oujda m’appelle, la voix tendue, avec une question de publicité médecin au Maroc qu’il ne pensait jamais se poser : la veille, ce médecin avait posté sur Instagram une vidéo de 20 secondes, un bébé qui sourit pendant son vaccin, « pour rassurer les parents ». 41 000 vues en une journée. Puis un message de la mère : « Chkoun 3tak l7a9 tpubliyi weldi ? » (« Qui t’a donné le droit de publier mon fils ? »). Le droit à l’image du patient, le secret médical et le code de déontologie médicale au Maroc venaient de le rattraper en une seule nuit.

Bien sûr, il pensait faire de la prévention.Finalement, il a supprimé la vidéo le soir même

Cet article répond donc à la question qu’il m’a posée ce soir-là : qu’est-ce qu’un médecin a vraiment le droit de publier en ligne au Maroc, et où commence la publicité interdite ?

Cet article fait partie de notre guide Content marketing santé : comment produire des contenus médicaux utiles, conformes et visibles sur Google.

La publicité médecin au Maroc : la règle de base 

Au Maroc, la publicité est interdite aux médecins, mais la communication d’information ne l’est pas : depuis le code de déontologie de 2021, un médecin peut avoir un site et des pages professionnelles, à condition qu’ils ne servent pas à attirer des patients .Toute la difficulté est donc dans cette nuance.

Le décret n° 2-21-225 du 17 juin 2021 a rendu ce code applicable, publié au Bulletin officiel n° 7002 du 8 juillet 2021. Il a ainsi remplacé un texte de 1953 qui ignorait évidemment Internet. Son chapitre III s’intitule d’ailleurs explicitement « Publicité et communication avec le public ».

📊 Chiffre clé — une seule obligation que presque personne ne respecte L’article 26 impose au médecin d’informer le Conseil régional de l’Ordre lorsqu’il crée un site internet ou un espace professionnel sur les réseaux sociaux. Sur les dizaines de médecins que nous avons accompagnés, très peu l’avaient fait. Source : Code de déontologie de la profession médicale, art. 26

Attention cependant : ce code concerne les médecins . Les dentistes relèvent d’un autre texte, de 1999, que nous détaillons dans notre article sur le marketing dentaire au Maroc.

Code de déontologie médicale au Maroc : chapitre sur la publicité et la communication

Légende : « Le chapitre du code de 2021 qui encadre la communication des médecins ».

Le site internet d’un médecin : ce que l’article 28 autorise 

L’article 28 du code fixe la liste des informations autorisées sur le site d’un médecin : identité, spécialité, diplômes, parcours, photo d’identité, domaines d’activité justifiés par des diplômes, publications et informations de santé éducatives. Par conséquent, tout ce qui sort de cette liste est à manier avec prudence.

En pratique, l’article 28 autorise :

  • les nom et prénom, avec le titre de docteur ;
  • la spécialité au titre de laquelle le médecin est inscrit à l’Ordre ;
  • les titres, diplômes et établissements qui les ont délivrés ;
  • les noms des collaborateurs et assistants ;
  • un court descriptif du parcours ;
  • une photo d’identité du médecin ;
  • les domaines d’activité, s’ils sont justifiés par des diplômes ;
  • les travaux et publications scientifiques ;
  • des informations de santé éducatives, claires, objectives et vérifiables.

De plus, l’article 26 ajoute trois conditions : le site ne doit pas être un « moyen de publicité ou d’attraction des patients », l’utilisateur ne doit pas être obligé de donner son identité, et le site ne doit pas renvoyer vers des sites commerciaux.

L’article 27 : votre nom de domaine est peut-être interdit

Voici l’opinion que je défends, et elle dérange beaucoup d’agences : un nom de domaine du type « dermatologue-casablanca.ma » est contraire au code. En effet, l’article 27 exige que le nom du site comprenne les nom et prénom du médecin (ou le nom de l’association de médecins) et interdit explicitement « la dénomination générique des spécialités » et tout pseudonyme. Pourtant, ces noms sont souvent vendus comme une astuce SEO.

De plus, le texte prévoit même que même que les médecins dont le site n’est pas conforme doivent le corriger ou le supprimer dans un délai fixé par le Conseil national.

Noms de site génériques interdits par le code de déontologie médicale au Maroc

Légende : « Des noms de domaine génériques, pourtant interdits aux médecins par l’article 27 ».

Réseaux sociaux : ce que dit le code de déontologie médicale au Maroc

Sur les réseaux sociaux, à la radio ou à la télévision, un médecin peut faire de la sensibilisation sanitaire, à condition de rester général, scientifique et vérifiable, et de ne jamais se vanter ni attirer des patients. C’est en effet l’article 21 qui fixe ces règles.

Selon l’article 21, le médecin qui intervient dans les médias ou sur les réseaux sociaux doit :

  1. donner des informations d’ordre général, conformes aux données scientifiques actuelles, objectives et vérifiables ;
  2. s’abstenir de se vanter de son expertise ou de ses exploits, et de toute déclaration publicitaire sur des examens ou des traitements ;
  3. ne pas donner de faux espoirs ;
  4. ne pas présenter comme efficace un procédé insuffisamment éprouvé ;
  5. ne pas faire de rabattage : aucune sollicitation directe (offres, promesses) ni indirecte (inciter à demander tel soin) ;
  6. informer l’Ordre de toute collaboration régulière avec un média.

Autrement dit, la vidéo « 3 signes qu’une toux d’enfant doit vous inquiéter » est autorisée. En revanche, la même vidéo qui se termine par « Prenez rendez-vous au cabinet, places limitées cette semaine » devient du rabattage.

Médecin sur Instagram au Maroc : ce qui reste interdit

Même sur un compte personnel, un médecin ne peut ni baisser ses prix pour attirer, ni offrir d’avantage, ni critiquer l’Ordre ou ses confrères publiquement, ni laisser une clinique utiliser son nom à des fins publicitaires. En outre, ces interdictions s’appliquent quel que soit le support.

  • Promotions : l’article 57 interdit de réduire ses honoraires dans un but de concurrence et de solliciter des patients en annonçant une réduction.
  • Avantages et commissions : l’article 32 interdit toute ristourne, commission ou avantage destiné à attirer des patients.
  • Utilisation de votre nom : selon l’article 23, le médecin ne doit pas tolérer que sa réputation soit utilisée à des fins publicitaires, notamment par la clinique où il exerce.
  • Critique de l’Ordre : l’article 58 interdit de critiquer ouvertement l’Ordre « par voie de presse ou via les réseaux sociaux ».
  • Polémiques entre confrères : l’article 63 interdit les polémiques publiques, et l’article 61 la diffamation d’un confrère.

Pour un médecin sur Instagram au Maroc, la règle reste simple : éduquer, jamais vendre.

Deuxième opinion assumée : les avis Google repostés sur votre site ou en story sont une forme d’« attraction des patients ». Certes, laisser les patients vous noter sur Google est normal ; en revanche, republierr leurs éloges comme argument, c’est déjà de la publicité.

Photos et vidéos : le droit à l’image du patient

Publier la photo ou la vidéo d’un patient sans son consentement expose le médecin à la fois à des poursuites disciplinaires (secret professionnel) et pénales (atteinte à la vie privée). Le consentement écrit est donc le minimum, et il ne suffit pas toujours.

D’abord, le secret professionnel de l’article 11 du code couvre tout ce que le médecin voit et apprend dans l’exercice de sa profession, et il ne prend pas fin avec le décès du patient.

Ensuite, le Code pénal sanctionne la diffusion d’images sans consentement. Selon une tribune juridique publiée par TelQuel en août 2026, l’article 447-1 prévoit six mois à trois ans de prison et 2 000 à 20 000 DH d’amende pour la diffusion, sans consentement, de paroles ou d’images d’une personne dans un cadre privé. Les peines sont aggravées si la victime est mineure (article 447-3). Le droit à l’image du patient s’applique donc aussi bien à une photo de lésion qu’à une vidéo tournée en salle d’attente.

📊 Chiffre clé — De plus, l’article 447-3 aggrave les peines si la victime est mineure. l’article 447-3 du Code pénal porte la peine à un à cinq ans de prison et 5 000 à 50 000 DH d’amende. Source : TelQuel, tribune du 11 septembre 2026

Le modèle de consentement minimum

Si vous voulez publier un cas (photo de lésion, radio, avant/après), faites signer un consentement qui précise au moins :

  • l’image exacte concernée et le support (site, Instagram, conférence) ;
  • la finalité (éducative, scientifique) ;
  • la durée de publication ;
  • le droit du patient de retirer son accord à tout moment ;
  • la garantie que son visage et tout signe distinctif seront masqués.

Pour un enfant, ne publiez rien, même avec l’accord des parents, sauf finalité scientifique stricte. En effet, le risque n’en vaut jamais la peine.

Formulaire de consentement au droit à l’image du patient pour un cabinet médical

Légende : « Exemple de formulaire de consentement à l’image pour un cabinet médical ». 

CNDP et loi 09-08 : les données de vos patients en ligne 

Toute donnée de santé publiée ou collectée en ligne est une donnée sensible au sens de la loi 09-08 : sa collecte demande une autorisation préalable de la CNDP, et sa diffusion sans base légale est sanctionnée. L’article 26 du code renvoie d’ailleurs expressément aux textes sur la protection des données.

En pratique, trois situations reviennent :

  • Le formulaire du site : un formulaire qui demande « vos symptômes » collecte des données de santé. La CNDP a publié le 28 novembre 2025 une délibération fixant un modèle de demande d’autorisation pour les traitements de suivi des patients.
  • Les messages WhatsApp : un patient qui envoie une ordonnance par WhatsApp transmet une donnée de santé. Prévoyez un message d’accueil qui le déconseille.
  • Les cas cliniques : même anonymisée, une photo peut permettre de reconnaître un patient (tatouage, bijou, décor). Recadrez au maximum.

Selon la loi 09-08 telle que résumée par Upsilon Consulting, traiter des données sensibles sans autorisation expose à 6 mois à 2 ans de prison et 50 000 à 300 000 DH d’amende.

Autorisé, risqué, interdit : le tableau de la publicité médecin au Maroc 

Ce tableau classe 14 publications courantes selon le code de déontologie de 2021.Ainsi, la colonne « risqué » correspond aux zones grises que le code ne vise pas mot pour mot.

PublicationStatutArticlePourquoi
Site avec diplômes, parcours, photo d’identité✅ AutoriséArt. 28Liste autorisée
Article ou vidéo éducative (« quand consulter pour… »)✅ AutoriséArt. 21 et 28Information générale
Annonce de déménagement ou de nouveaux horaires✅ AutoriséArt. 25Texte communiqué au Conseil régional
Annonce d’absence de 15 jours ou plus✅ AutoriséArt. 25Liste limitative
Fiche Google avec adresse et horaires✅ AutoriséArt. 28 (par analogie)Information pratique
Nom de domaine « dr-prenom-nom.ma »✅ AutoriséArt. 27Nom et prénom du médecin
Republier des avis patients⚠️ RisquéArt. 26« Attraction des patients »
Photo de lésion anonymisée avec consentement⚠️ RisquéArt. 11, loi 09-08Consentement écrit et recadrage
Interview régulière dans un média⚠️ RisquéArt. 21Informer l’Ordre
Nom de domaine « cardiologue-rabat.ma »❌ InterditArt. 27Dénomination générique
« -20 % sur le bilan ce mois-ci »❌ InterditArt. 57Réduction pour attirer
« Places limitées, réservez vite »❌ InterditArt. 21Rabattage
Vidéo d’un patient filmé sans accord écrit❌ InterditArt. 11, Code pénal 447-1Secret, droit à l’image
Critique de l’Ordre sur Facebook❌ InterditArt. 58Obligation de réserve

Cet article ne constitue pas un avis juridique. En cas de doute, interrogez votre Conseil régional de l’Ordre national des médecins avant de publier.

Les erreurs de publicité médecin que j’ai vues au Maroc 

L’erreur la plus fréquente n’est pas la mauvaise intention : c’est de copier ce que font les médecins étrangers sur Instagram. D’ailleurs, j’en ai été complice.

En avril 2025, pour un dermatologue que nous accompagnions, nous avons publié un carrousel « avant/après » de traitement de l’acné, visages floutés, avec l’accord oral des patientes. 3 semaines plus tard, l’une d’elles s’est reconnue grâce à un grain de beauté sur le cou et a écrit au cabinet. Rien de plus, heureusement. Mais nous avons retiré tout le carrousel, réécrit nos règles internes et, depuis, aucun visuel de patient ne sort sans consentement écrit et sans recadrage complet. Ce jour-là, j’ai compris qu’un flou ne protège pas un patient : seul le cadrage le protège.

Les autres erreurs que je vois souvent :

  • Ne pas déclarer son site au Conseil régional (article 26), par simple méconnaissance.
  • Choisir un nom de site générique sur le conseil d’un prestataire (article 27).
  • Répondre à un avis négatif en détaillant le soin : c’est une violation du secret professionnel. Notre guide sur les avis négatifs donne des réponses types.
  • Laisser la clinique publier « le meilleur chirurgien de la ville » avec votre photo (article 23).

FAQ 

Un médecin a-t-il le droit de faire de la publicité au Maroc ?

Non. Le code de déontologie de 2021 interdit la publicité et le rabattage de patients. Le médecin peut toutefois avoir un site et publier des informations de santé éducatives.

Un médecin peut-il avoir un compte Instagram au Maroc ?

Oui, s’il en informe le Conseil régional de l’Ordre et ne l’utilise pas pour attirer des patients, selon l’article 26 du code.

Quel nom de domaine choisir pour un site de médecin ?

Un nom qui contient vos nom et prénom. L’article 27 interdit les noms génériques comme « dermatologue-ville ».

Peut-on publier la photo d’un patient avec son accord ?

Uniquement avec un consentement écrit précisant l’image, le support, la finalité et la durée, et en rendant le patient non identifiable. Pour un enfant, mieux vaut s’abstenir. La diffusion sans consentement est sanctionnée par l’article 447-1 du Code pénal.

Faut-il déclarer son site à la CNDP ?

Oui dès que le site collecte des données personnelles. Un formulaire qui recueille des informations de santé demande une autorisation préalable de la CNDP, selon la loi 09-08.

Un médecin peut-il annoncer l’ouverture de son cabinet ?

L’article 25 autorise les annonces sur un nouveau domicile professionnel, la cessation d’activité, une absence d’au moins 15 jours, la reprise d’activité et le changement d’horaires. Le texte doit être communiqué au préalable au Conseil régional et ne doit avoir aucun caractère publicitaire.

Les dentistes suivent-ils les mêmes règles ?

Non. Les médecins-dentistes relèvent de leur propre code de déontologie, de 1999, plus restrictif et muet sur Internet. Les principes d’interdiction de la publicité sont proches.


Vous hésitez sur une publication ou sur le nom de votre site ?

Envoyez-moi la capture avant de publier. Écrivez-moi à imad@seomaniak.ma : je vous dis en 24 h ce qui passe, ce qu’il faut changer, et quel article du code est en jeu.


Imad Belak — fondateur de Seomaniak et de Sanistas by Seomaniak, agence de marketing médical. J’accompagne des médecins et des cliniques entre Oujda, Meknès, Casablanca et Barcelone sur une communication en ligne conforme à la déontologie.

Pour aller plus loin

Retrouvez tous nos guides pour produire des contenus médicaux conformes dans notre page Content marketing santé.

À propos de l'auteur
Imad Belak
Expert SEO · GEO · Transformation digitale par l'IA
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· Transformation digitale par l'IA

Imad Belak est un expert en digitalisation de la santé et en transformation digitale, avec plus de 12 ans d’expérience dans l’optimisation des stratégies numériques pour les professionnels du secteur médical.

Grâce à son expertise en SEO médical, digitalisation et automatisation des services de santé, Imad aide les professionnels de la santé à moderniser leur activité et optimiser leur relation avec les patients.

Fondateur de Sanistas eHealth
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